Réveiller la France

Il aurait fallu parler des attentats de Copenhague. Puis il y eut l’attaque de Mossoul. Bientôt, évoquer l’un et l’autre sans s’attarder sur le massacre des étudiants au Kenya devenait impossible. A faire couler trop de sang, la montée du terrorisme épuise l’encre, et il ne nous reste d’armes que les larmes pour pleurer les victimes.

L’après-Charlie devait être une prise de conscience face à cette machine de guerre qui se déclame Etat. Car Daech, entité monstrueuse née des décombres du conflit syrien, n’est que le symptôme de la vacuité politique qui ronge le Moyen-Orient et que l’Occident délaisse lorsqu’il n’y trouve pas ses propres intérêts. Ce 11 janvier, la fierté, la rage, le deuil de toute la nation, à laquelle le monde entier s’était uni, avait montré qu’une nouvelle France était possible, et que réveiller le pays était d’avantage une question de volonté collective qu’une faute de moyens. Pendant plusieurs jours, tous avaient les yeux fixés sur cette France nouvelle qui semblait se hisser de tous ses cadavres et où l’on entendit plus que les mots de « laïcité » et d’ « identité nationale ». Le président lui-même, bafoué encore quelques jours auparavant, profitait  de la chirurgie médiatique pour se hisser dans la courbe de sa popularité. Mais la France est bien connue pour son goût avéré des dates et des journées symboliques à tours de bras : le 7 janvier, comme le 14 juillet ou le 1er mai, deviendra à son tour une journée noircie dans le calendrier, nouveau prétexte à l’hymne national, dont on oubliera bien vite le sens.                                                                                                                                                                                                                  Qu’en est-il de cette période post-Charlie ? Le sang dans la Capitale n’avait pas encore eu le temps de sécher, l’encre n’avait pas fini de pleurer ses morts, que déjà la politique reprenait ses attitudes supérieures et indifférentes. On oublia le caractère international de la menace terroriste, cette urgence de coopération collective, pour reprendre la course contre les pays voisins. Eminemment dangereuse le temps de quelques jours, la menace terroriste passe aujourd’hui au second plan, reléguée par la chasse au Front National et aux départements. Non, la France, malgré le coup brutal que lui porta le massacre de Charlie-Hebdo, malgré les attentats toujours perpétrés à travers le monde, la France comme le reste du monde s’est à nouveau rendormie. Parce qu’il est plus simple de se conformer dans ses habitudes confortables et ses discours répétitifs, on ferme les yeux devant une menace sous prétexte que la guerre contre une religion inconnue est aux limites de l’impossible.  Alors, on oublie le plan Charlie pour reprendre le cours de du renoncement comme on en a pris la dangereuse habitude. Au lieu de prendre au sérieux le poids de la menace terroriste qui fait chaque jour un peu plus plier les nations européennes, on préfère mettre en place des lois fourre-tout à touristes poussés par le 49.3 ou supprimer des postes à l’Education Nationale. Et au lieu de réagir à la multiplicité de ces massacres, on se préoccupe d’apaiser les grèves de la SNCF ou des aiguilleurs du ciel qui ne gagnent pas encore assez. Quand la France réagira-t-elle ? Quand cessera-t-elle de se boucher les oreilles et de se crever les yeux, marchant inlassablement dans les pas fatalistes d’Œdipe, pour mettre enfin en place le plan de mobilisation nécessaire à tous ? La France doit abandonner quelques temps ses discours intégralement économiques et libéraux pour répondre à des lamentations moins futiles, car si inverser la courbe du chômage et de la croissance est raisonnable, il ne le sera plus dans un pays décimé. Il n’est plus question d’attendre que les loups soient rentrés dans Paris pour réagir. C’est tout de suite que le Pays doit se soulever : Il doit commencer par se protéger d’avantage de la menace de Daech, car les attentats de janvier auraient pu être évités, et que les affaires de l’intérieur ont l’urgence de se consolider (à commencer par Internet qui, bâti sur des marécages, laisse passer les islamistes plutôt que de les identifier). La France, au lieu de dénoncer un apartheid, doit lutter contre l’antisémitisme qui grandit en masse aux quatre coins de l’hexagone, restaurer la laïcité dont l’image est aujourd’hui d’une faiblesse impardonnable, réformer son islam, c’est-à-dire le doter de dirigeants, de mosquées, d’instances nécessaires à son fonctionnement. Elle doit changer d’amis, répudier le Qatar, l’Irak, qui nourrissent le terrorisme, pour faciliter le dialogue avec Israël et la Russie. Enfin, rien ne sera possible sans un plan de reconquête de l’école, véritable priorité nationale. Au lieu d’y supprimer un soi-disant « maillon faible », l’Etat doit se souvenir qu’elle est le fondement de tout un chacun et la valoriser plutôt que de la brutaliser encore et encore. Il doit arrêter de fermer les yeux sur les établissements où l’enseignement de la Shoah ne se fait plus sans incident, rétablir l’autorité des professeurs, tout miser sur la réussite des élèves. Lieu éminent des valeurs républicaines, on ne peut se permettre de le laisser s’assiéger par la propagande religieuse qui fabrique de la haine. L’enseignement, plus que jamais, est devenu l’essentiel.

Au lieu de courir encore à reculons sur des chemins politiques stériles dont toute la population se lasse, l’Etat doit se réveiller avant qu’il ne soit trop tard. Les attentats de janvier ont montré ses erreurs politiques et culturelles. Il y a fort à penser que le prochain ne sera pas uniquement un ultimatum.

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