Mois de juin : la haine s’invite au banquet de la corruption

Le mois de juin est à son crépuscule ce soir. Et le soleil se couche sur un rougeoiement de haine,  de corruption et de chamboulements politiques. Entre les derniers rugissements du terrorisme islamique et le bouleversement de l’Europe, le début de l’été se fait à la fois étouffant et orageux.

Le festival de l’horreur a commencé dans la nuit du 11 au 12 juin, dans la boîte gay Pulse aux Etats-Unis. Le massacre d’Orlando, commis par le meurtrier Omar Mateen, a tôt fait de subir les analyses diverses de toutes parts. Accusés d’invisibilisation, les médias se sont immédiatement rués sur l’hypothèse religieuse malgré les protestations déchainées d’une partie de la population. Au bout de plusieurs semaines, l’on ne lisait plus, dans les journaux comme sur les réseaux sociaux, qu’il s’agissait là uniquement d’un crime homophobe dissimulé en vain par le drapeau djihadiste – et, il faut bien le reconnaître, cette idée n’était pas toujours avancée à tort. Impossible de nier le terrain homophobe des USA ; il suffit pour cela de se rappeler de l’incendie de l’UpStairs Lounge, en 1973, où trente-deux Etats-uniens homosexuels furent brûlés vifs par leurs compatriotes. Le crime y était strictement homophobe – l’on n’avait pas encore besoin d’un dieu pour sublimer le sang versé ; la conscience suffisait. Voilà la frontière entre ce crime et celui d’Orlando : Si Omar Mateen est aujourd’hui désigné comme un homosexuel refoulé, son passage à l’acte a été permis par ce fantasme auto-héroïsant propulsé par Daech. Il lui aura suffi, en l’espace d’un instant, de se proclamer au nom du terrorisme islamique pour changer son statut de meurtrier homophobe en celui d’exécutant de Dieu. En ce sens, Orlando n’est rien d’autre qu’un crime homophobe caché au nom d’une foi assassine. En feignant de se proclamer au nom de Dieu, il a montré qu’il existe aujourd’hui plusieurs façons d’adhérer à Daech, qu’elles soient religieuses, ethniques, culturelles ou sociales, et c’est malheureusement cette réalité qui lui permet d’agrandir son territoire. Le 11 juin, Daech a attiré parce qu’il permettait une porte de sortie. Parce qu’il avait peur de ce qu’il était, Omar Mateen a choisi de détruire les racines de sa hantise – la haine comme réponse à la peur, voilà ce qu’offre le terrorisme islamique.

« Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion. » – Voltaire

voltaire
Voltaire : souvent cité… rarement compris?

   Mais la cruauté change-t-elle de nom lorsqu’elle tient une justification religieuse ? Qu’il soit homophobe ou religieux, il restera toujours un crime et le crime, quel qu’il soit, est contraire aux principes de l’humanité.

  Evidemment, la tuerie d’Orlando pose encore une fois la question des armes en vente libre aux Etats-Unis. Aujourd’hui, ce sont des centaines de millions d’armes à feu qui sont détenues dans les foyers américains- et ce sont bel et bien d’armes de guerre dont il s’agit. L’arme de la fusillade en question était un fusil mitrailleur AR-15, soit la même arme portée par les vétérans de guerre en Afghanistan et en Irak. A l’heure actuelle, il est affligeant de pouvoir se procurer librement de telles armes au nom de la sécurité. La première mission d’une balle est d’ôter la vie, et non pas de la protéger. Il est temps d’arrêter de dévoyer la finalité des choses au nom de principes essentiels pour revenir à la réalité : ce n’est pas en mettant des fusils dans la main de ses nourrissons que la grande Amérique nourrira des pacificateurs et des enfants heureux. En poursuivant sur cette voie, force est d’admettre que des catastrophes semblables ne manqueront pas de se poursuivre dans l’Histoire des Etats-Unis. D’autant plus que les médias, en  donnant aux meurtriers un nom et un visage à travers tous les écrans du monde, permettent leur héroïsation et leur entrée dans l’Histoire. Or, cela ne fait qu’appeler d’avantage les dubitatifs islamiques à vouloir réécrire l’Histoire. Mais la haine n’a pas de nom ; son seul visage est la nuit.

Osvaldo Gutierrez Gomez
Une caricature du dessinateur cubain Osvaldo Gutierrez Gomez qui en dit  long

Le crime de Magnanville à l’encontre des policiers Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider quelques jours plus tard était quant à lui bel et bien terroriste. Preuve de la gloire djihadiste évoquée plus haut : la vidéo laissée par le tueur Larossi Abballa. Si celle-ci a rapidement été évacuée des réseaux sociaux, elle était restée, quelques jours encore, en libre circulation sur le site russe d’hébergements de vidéos, RuTube. Inutile de retranscrire ici les paroles proférées par le criminel : revendication à l’Etat Islamique, promesse de transformer l’Euro en un « cimetière », nomination de plusieurs journalistes et rappeurs célèbres à éliminer, les médias n’ont pas été avares de détails à ce sujet. Mais ce qui frappe tout au long de ces douze minutes, ce qui donne la chair de poule bien plus encore que ces abominations, c’est le calme, ce ton placide sur lequel l’auteur des faits s’exprime. Il est à quelques pas des cadavres, peut-être a –t-il encore les mains en sang, et il s’exprime avec plus de tranquillité encore que s’il devait présenter les gros titres de la semaine. Seul face à sa caméra, Larossi Abballa ne représente rien d’autre que la terrifiante placidité au cœur du chaos.

La vidéo n’existe plus aujourd’hui sur RuTube. Ironie du sort, elle a été remplacée par l’image terne de ballerines pâles qui fixent le sol avec une ingénuité trompeuse.

  A l’heure, où la démocratie entend ouvrir l’horizon des différences et tient à se proclamer comme le meilleur des régimes, le terrorisme cherche à étouffer tout ce qui pourrait dépasser du cadre. Voilà pourquoi l’on doit parler d’obscurantisme : l’acte terroriste à lui seul suffit à prouver la régression qui nous rattrape peu à peu. Plus encore que le recul religieux,  la mentalité du monde s’endort au coin de ses habitudes. Il suffit de penser aux discours écœurants que tient Donald Trump, boosté par le succès de Daech, pour s’en rendre compte. Pas besoin d’être un grand politologue pour comprendre le dangereux lien entre les deux personnages : si le succès de Daech alimente les approbations en faveur du candidat républicain, la réussite de Trump ne fera qu’encourager les musulmans à quitter cet endroit où on les traite comme du bétail pour rejoindre le rêve de vengeance véhiculé par l’Etat Islamique. La gloire croissante d’un candidat tel que Donal Trump à notre époque fait froid dans le dos. Nous sommes trop nombreux aujourd’hui à nous demander comment les Etats-Unis pourraient avoir la foi de porter à leur tête un homme antiféministe à l’extrême, raciste comme l’on en trouve plus, et plus destiné à un one man show ponctué d’insultes qu’au discours d’un Président du pays le plus puissant du monde. En permettant sa popularité, les Américains jouent avec le feu ; ils oublient que la politique n’est pas un jeu et s’approchent du précipice avec la même excitation que s’ils tombaient du haut d’une montagne russe dans un parc d’attraction. Malheureusement pour eux, le monde n’est pas Disneyland – et, en politique, la soif d’adrénaline peut-être un poison. Vladimir Poutine aussi siège au podium de la dérive mondiale. Il suffit de penser à ces deux hommes, arrêtés à Moscou pour avoir osé rendre hommage à la tuerie d’Orlando, pour en témoigner. La Russie a de commun avec l’islamisme radical ce dégoût des différences comme source de la haine la plus virulente. De la même façon, le terrorisme juif reprend aujourd’hui le pas sur la démocratie. Il suffit pour cela d’écouter les propos affreux de Shmuel Eliyahu, grand rabbin de Safed, défenseur assidu des massacres en Palestine et se révoquant régulièrement de « la pureté de la race ». Aujourd’hui, le succès de ces trois personnages à la silhouette obscure nous apprend qu’il n’est plus étonnant que des peuples aient pu aduler des Hitler, des Staline ou  des Pétain. Malheureusement, l’Histoire ne suffit pas à nous donner des leçons et la soif de la domination est un vice qui déchire les frontières comme les chronologies.

L’attentat d’Istanbul survenu le week-end dernier se passe de commentaires : il est lui aussi au piège des mains de l’obscurantisme.

Ce qu’il y a de plus aberrant peut-être, c’est qu’au moment même où l’on égorge des innocents au nom d’une religion fantasmée, les stades destinés à un simple match de football se transformaient en scène de violence gratuite. Comment peut-on simplement tolérer qu’à l’heure où les gouvernements du monde laissent des enfants mourir sous des balles, où des assassins courent les continents avec des armes légitimes, l’on s’entretue sans vergogne pour le destin d’un ballon.

Manifestations, sport, rapports diplomatiques, tout résonne dans un climat de violence et de haine. Le désespoir est un sentiment qui rend les frontières poreuses et engloutit le monde. La guerre est bien dans nos rangs, mais il s’agit d’une guerre humaine bien avant d’être une guerre religieuse.

Aujourd’hui, il nous manque un Emile Zola pour secouer les esprits de son époque et s’exclamer, comme il le faisait dans sa Lettre à la Jeunesse :

« Quelle angoisse et quelle tristesse, France, dans l’âme de ceux qui t’aiment, qui veulent ton honneur et ta grandeur ! Je me penche avec détresse sur cette mer trouble et démontée de ton peuple, je me demande où sont les causes de la tempête qui menace d’emporter le meilleur de ta gloire. Rien n’est d’une plus mortelle gravité, je vois là d’inquiétants symptômes. Et j’oserai tout dire, car je n’ai jamais eu qu’une passion dans ma vie, la vérité, et je ne fais ici que continuer mon œuvre. » – Emile Zola

Avant d’avoir à affronter toute une armée, c’est entre nous-mêmes qu’il faudrait ramener ne serait-ce qu’un semblant de paix et de justice. Car oui, les gouvernements, d’où qu’ils viennent, sont responsables de cette guerre qui semble interminable. La corruption de l’UEFA, démontrée jour après jour mais laissée pour compte comme si elle était lue par des aveugles, est la preuve vivante que nous avons les moyens nécessaires de recourir à l’avancement du désastre. Peut-être faudrait-il commencer par les placer là où nous en avons réellement besoin, que ce soit dans la jeunesse, les écoles, l’emploi ou la défense. Il y en a assez de proclamer à tort et à travers que « nous ne pouvons pas » alors que nous savons en toute conscience qu’il ne s’agit que d’une question de volonté. Et plus que le terrorisme encore, il est affligeant d’oser proclamer que le transfert d’un joueur de foot coûte 80 millions d’euro quand l’on fait la manche à chaque coin de rue. « Panem et circenses« , mais pas panem pour tout le monde. Le foot n’est certes pas la cause de tout ; il en reste une grande partie. Les chiffres que l’on avance sans cesse à son propos sont bien le signe que nous avons perdu toute notion de valeur des choses. Non, un ballon ne vaut pas une vie ; but ou pas.

Le monde doit cesser d’être ce grand enfant sourd à l’allure d’un  Benjy Compson qui, le regard vitreux, préfère n’entendre que ce qu’il veut au détriment du bonheur de sa population. Au moment des attentats de novembre, nous avions dit, et je l’affirme encore une fois, qu’il fallait vivre. Mais je continue à penser qu’il y a certaines choses qui ne peuvent plus passer. Mettre des millions dans un ballon, dans le salaire de footballeurs qui sont aujourd’hui plus des stars que des sportifs, ne suffit qu’à rameuter les loups et à attiser d’avantage la violence. Si nous avons assez pour rendre l’UEFA milliardaire, pour alimenter les divertissements télévisés où un simple joueur peut empocher d’un coup 15 000 euros, nous en avons suffisamment pour empêcher une école de fermer, pour réduire le nombre de personnes à la rue, pour minimiser la crise et mener la guerre contre le terrorisme. Et si ce dernier se nourrit de nos différences et des craintes qu’elles engendrent, notre roman national nous apprend pourtant que nous devons être fiers de celles-ci. Quant à la religion destrutrice, il est temps d’y mettre fin au nom de la religion du cœur.

La nécessité de changer nos mentalités est imminente. Il s’agit à la fois de notre survie, de celle de la postérité, et de celle de notre monde tel que nous voulons qu’il soit sans rester les bras croisés. Aujourd’hui, il est temps que nous nous battions contre nos propres démons, à savoir l’amour de la corruption, la justification des violences et la passion dangereuse pour le divertissement au détriment de la justice. Cela n’appartient qu’à nous. Comme l’écrit Alexandre Soljenitsyne dans Ultimatum pour un changement profond : « ce n’est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, sereine et acceptée par nous, que l’humanité peut s’élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde. Quand bien même nous serait épargné d’être détruits par la guerre, notre vie doit changer si elle ne veut pas périr par sa propre faute. »

 

 

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