« Nous pouvons être arabes et étudier les droits de l’homme »

Devant un public international, l’Université Saint-Joseph a donné le coup d’envoi d’un master en démocratie et droits de l’homme.

Ils étaient, vendredi dernier, 21 étudiants à monter sur la scène de l’amphithéâtre Gulbenkian, au campus des sciences sociales de l’Université Saint-Jospeh. Certains venaient de Palestine, d’autres du Canada, d’Égypte, de France ou encore de Belgique, de Syrie, de Tunisie ou d’Espagne. Ces jeunes venus des quatre coins du monde se sont tous rencontrés en intégrant le master arabe en démocratie et droits de l’homme il y a à peine deux mois. « Nous sommes ici pour montrer que nous pouvons être arabes et étudier les droits de l’homme, déclare un Tunisien. Nous sommes venus avec la même envie d’apprendre et de partager notre expérience. Nous sommes là pour détruire le mythe de l’exception arabe. » À sa suite, une Française prend le micro : « Les temps pour la démocratie sont durs, mais il y a l’espoir. La liberté est en train de devenir plus forte que la restriction. » C’est sur ces discours pleins d’espoir, portés par des jeunes du monde entier, que la journée marquant le coup d’envoi du master a commencé.

« Un master dans l’air du printemps arabe »
Le master arabe a été créé en 2015 suite aux manifestations du printemps arabe. D’abord basé à Venise sous le nom de « droits de l’homme et démocratie au Moyen-Orient et en Afrique du Nord », il fait partie d’un campus plus global, présent dans sept régions du monde, soutenu par l’Union européenne. Il a été présenté à l’Université Cadi Ayad, au Maroc, pour la première année, puis à l’université Ca’Foscari, en Italie, pour les deux éditions suivantes. C’est en juin 2017 qu’il s’est déplacé à l’USJ. Le projet a notamment été porté par Carole Sharabati, directrice du master arabe, et Jihad Nammour, coordinateur du master. Il est coordonné par l’Université Saint-Joseph, l’Université de Birzeit (Palestine), l’Université internationale de Rabat (Maroc) et l’Université de Carthage (Tunisie). D’autres universités régionales se destinent également à rejoindre le master. Le projet est notamment soutenu par l’Union européenne et le Centre européen interuniversitaire pour les droits de l’homme et la démocratie.

Comme le rappelle la directrice du master arabe au moment de son intervention, ce master est destiné à encadrer les étudiants « cherchant à approfondir leurs connaissances et à développer leurs compétences dans le domaine de la démocratie et des droits de l’homme au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ».
Le premier semestre, organisé à l’USJ, inclut des cours, des séminaires et des workshops, mais aussi une semaine de recherche de terrain au cours de laquelle les étudiants participent à des recherches quantitatives et qualitatives. Le second semestre se déroule dans une université partenaire avec la possibilité de faire un stage au sein d’une organisation locale, nationale ou internationale.

Marwan Hamadé : Un moment fort de la renaissance arabe
Les invités de marque qui se sont succédé à l’estrade de l’amphithéâtre Gulbenkian semblaient s’accorder sur un point : Beyrouth, terre de contradictions, est la ville parfaite pour accueillir un tel projet. La première à s’exprimer, Mme Léna Gannagé, doyenne de la faculté de droit et de sciences politiques à l’USJ, a exprimé son enthousiasme devant la création de ce master. « On pourrait croire que la création d’un master sur la démocratie et les droits de l’homme à Beyrouth s’apparente à un diplôme de haute gastronomie dans un pays ravagé par la faim », commente-t-elle, provoquant des éclats de rire. « Il faut bien reconnaître que notre région présente des carences dans le domaine des droits de l’homme, souligne-t-elle. Ce projet prouve pourtant qu’il n’existe pas de nature incompatible avec les droits de l’homme. »

Prenant ensuite la parole, M. Manfred Nowak, secrétaire général du Centre européen interuniversitaire pour les droits de l’homme et la démocratie, a tenu à souligner que Beyrouth était l’une des premières à adhérer aux droits de l’homme et que ces derniers « n’ont pas de frontière de race, de culture ou de couleur. » Le professeur Salim Daccache, recteur de l’USJ, a affirmé son optimisme pour la démocratie malgré des temps de trouble ; un espoir partagé par Abdel Salam Sidahmed, représentant régional pour les droits de l’homme. De son côté, Mme Christina Lassen, chef de la Délégation de l’Union européenne au Liban, a salué « l’excellence académique de l’USJ » et a affirmé sa confiance dans l’université qui abrite à présent « un master important dans cette région où le terrorisme et la migration font rage ».

Enfin, le ministre de l’Éducation, M. Marwan Hamadé, a déclaré que ce master constituait « un moment fort de la renaissance arabe, une nouvelle date historique à petite échelle ». Il a également rendu hommage à l’USJ, une université « qui a été l’incubateur des révolutions au pays du Cèdre, qui a frémi, tremblé lorsque les droits de l’homme étaient menacés, qui a toujours prôné la démocratie tout en refusant la dictature et l’hégémonie ». M. Hamadé a conclu en affirmant que « l’Université Saint-Joseph constitue le bastion de la liberté ».

Une fin de journée portée sur le débat
« Nous avons commencé depuis seulement deux mois, mais ce que nous faisons est vraiment incroyable! » confient des étudiants à L’OLJ, à l’issue de la cérémonie d’inauguration. Ils sont trois, une Française, un Espagnol et un Tunisien, à rapporter leurs expériences. « Le plus passionnant, racontent-ils, c’est le fait de nous retrouver unis malgré la diversité de nos origines, de notre culture et de nos études. Cela nous permet vraiment d’apprendre de l’autre ; le simple fait d’échanger nos expériences est un réel enrichissement ! » Comme ils l’expliquent, c’est la passion des droits de l’homme qui a réuni ces jeunes d’origines différentes, mais aussi d’horizons variés : si l’une se dirige vers la recherche, les deux autres se sentent plus attirés par l’enseignement et la diplomatie.

La journée s’est ensuite poursuivie par une table ronde de près d’une heure et demie, portant sur la nécessité de la démocratie. Elle a réuni les professeurs Mudar Kassis de l’Université de Birzeit, Chaker Mzoughi de l’Université de Carthage, Jeremy Gunn de l’Université internationale de Rabat, Karina Pultz de l’Institut danois des droits de l’homme, ainsi que Karim Bitar et Jana Jabbour de l’USJ. De la Révolution française à la situation turque en passant par Churchill et Donald Trump, chacun a pu exposer son sentiment sur la démocratie et les tensions que celle-ci présente. Le lancement du master s’est achevé avec la projection du film Tadmor de Monika Borgmann et Lokman Slim.

Lire l’article sur L’OLJ

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